Je ne le pense pas.
Le terme « violences adultistes » gagne en visibilité notamment grâce à Marion Cuerq. Il désigne l’ensemble des violences exercées par les adultes sur les enfants : violences physiques, psychologiques, sexuelles, institutionnelles, scolaires, et aussi les violences éducatives.
Les violences éducatives constituent une catégorie particulière de violences adultistes. Elles ont une caractéristique spécifique : elles sont exercées au nom d’une intention considérée comme positive. Elles sont souvent commises de bonne foi par des parents, des enseignants ou des professionnels de l’enfance convaincus parfois d’agir pour le bien de l’enfant et le plus souvent inconscients de la mémoire traumatique qui tire les ficelles de cette violence quotidienne. Les violences éducatives sont parfois recommandées par certains spécialistes, justifiées par la tradition, la culture ou des croyances éducatives profondément ancrées.
C’est précisément pour cette raison que le terme doit continuer à exister.
Pour moi l’expression « violence éducative » est une sorte de pléonasme.
Pourquoi ? Parce que l’éducation, telle qu’elle est généralement conçue dans nos sociétés, repose sur l’idée que l’ adulte va réaliser son projet sur un autre être humain. Éduquer signifie souvent vouloir modeler, corriger, orienter, façonner un enfant pour qu’il corresponde à certaines attentes, certaines normes ou certaines valeurs. Derrière cette intention se cache l’idée qu’il faudrait transformer les enfants pour qu’ils deviennent ce que l’adulte estime qu’ils devraient être.
Cette situation est génératrice de violence éducative, une violence parfois visible, parfois subtile. Une violence qui peut prendre la forme de punitions, de menaces, d’humiliations, d’isolement, de chantage affectif, de contrôle excessif, mais aussi d’injonctions permanentes à « convenir », à obéir.
Dans cette perspective, accoler les mots « violence » et « éducation » revient presque à dire deux fois la même chose. Non pas parce que toute relation avec un enfant serait violente, mais parce que la logique éducative elle-même contient le risque d’une prise de pouvoir sur l’autre.
C’est pourquoi je préfère aujourd’hui parler d’accompagnement plutôt que d’éducation. Accompagner, ce n’est pas avoir un projet sur l’enfant. C’est reconnaître qu’il est déjà une personne à part entière. C’est créer les conditions de sa croissance sans chercher à le modeler.
Le concept de violences adultistes nous aide à comprendre l’ampleur du problème et à relier entre elles les différentes formes de domination exercées sur les enfants. Mais le terme « violences éducatives » reste indispensable. Il permet de nommer une réalité spécifique, encore largement banalisée et socialement acceptée : celle des violences commises au nom de l’éducation et du « bien-être » des enfants.
Et tant que ces violences continueront d’être justifiées, recommandées ou minimisées, nous aurons besoin de les nommer clairement.
Catherine DUMONTEIL-KREMER






