Imaginez-vous à bord d’une machine à explorer le temps qui vous conduit en 2075. C’est une période où l’importance des relations humaines est devenue centrale ! Vous y êtes accueillis par un jeune adulte : Noé.
Noé a grandi dans une grande ville du sud de la France. A 30 ans, il est très heureux de vivre ! Bien sûr, comme tout un chacun, il connaît des des hauts et des bas, mais il a appris à gérer les creux de vagues très jeune en acceptant pleinement ses émotions.
Il a des relations très nourrissantes avec son entourage… Il aime partager, écouter, se faire connaître. Fidèle en amitié, il n’est pas dépendant des autres et sait aussi apprécier les moments de solitude. Le travail d’équipe l’enrichit, c’est ainsi qu’il apprend et créé le plus efficacement. Pour Noé, chaque individu est passionnant et lui procure l’opportunité de donner une attention bienveillante, ce qui semble le rendre encore plus heureux !
Les besoins des êtres humains au centre
En 2075, la société est organisée autour des besoins des êtres humains : les recherches scientifiques ont fini par convaincre les plus sceptiques de la nécessité de ce changement.
Les pratiques de chacun ont évolué en fonction des observations et des ressentis individuels, mais aussi des intuitions des uns et des autres, qui se sont souvent avérées très justes.
On peut se demander ce qui a donné de telles compétences sociales à Noé à une époque où elles ont de plus en plus d’importance. Sa venue au monde s’est faite dans le respect de la physiologie de la naissance, un magnifique jour d’automne, en 2045. Ses parents se trouvaient dans une bulle tiède à l’éclairage tamisé. Dans un coin de la pièce, une sage femme expérimentée veillait tout en tricotant. Noé est arrivé doucement et a été accueilli avec délicatesse. Il a rampé jusqu’au sein de sa mère pour se nourrir de sa tendresse et du colostrum si précieux pour son immunité.
Fusionner pour mieux explorer
Ainsi a commencé une longue période de fusion avec elle, son père prenant le relais pour les soins du corps, les changes, les jeux avec lui. Il a toujours été manipulé avec beaucoup d’attention et de conscience. Très vite, il est devenu un bambin audacieux soutenu par la présence aimante de ses parents.
Il a pu explorer tous les recoins de sa maison, faire un grand nombre d’expériences, jouer, tout en ayant le sentiment d’avoir tout son temps.
Parfois, il était arrêté dans son élan créatif par des adultes qui voulaient simplement le soustraire à une situation potentiellement dangereuse ou destructrice. Il ressentait de la colère et parfois aussi de la tristesse d’être empêché d’agir, mais ses parents accueillaient ses émotions, ils voyaient ces dernières comme un moyen très spontané d’aller mieux, une
expression corporelle à écouter. Ils lui proposaient aussi souvent une activité alternative à sa mesure.
Et la socialisation ?
Les parents de Noé ont choisi de rester tous les deux avec leur petit garçon pendant sept ans : leur congé parental a duré trois ans, et ils ont pu télétravailler les quatre années suivantes. Aujourd’hui, des Maisons de l’Apprentissage sont ouvertes à tous dans chaque quartier, c’est là que Noé a commencé à vivre au sein d’une forme de collectivité très différente de ce que ses parents avaient connu au temps de leur enfance.
En ce temps-là, d’aucuns se seraient interrogés sur la socialisation de Noé… Enfin, ce qu’ils appelaient socialisation à l’époque, et qui ressemblait bien plus à l’apprentissage du respect de certaines règles, donc plutôt à de la soumission, qu’à une compétence sociale.
Même si Maria Montessori, un peu visionnaire, avait parlé au 19e siècle d’un âge social pour les enfants situé autour de dix ans, on exigeait alors des tout-petits, dès deux ou trois ans, de vivre aux côtés d’autres enfants du même âge. Tout un groupe d’enfants exprimant généralement les mêmes besoins d’attention essayait vainement de les combler auprès d’un adulte souvent très exigeant et la plupart du temps dépassé par cette demande ingérable.
Ces tout-petits étaient fréquemment effrayés et tristes. Cette première expérience du vivre ensemble était suivie d’une longue période de scolarisation, où toute la vie de l’enfant se déroulait dans un lieu fermé appelé classe. Un lieu où 25 jeunes personnes étaient assises face à un adulte plus ou moins compréhensif. Aujourd’hui, cette formule semble plus que
farfelue et totalement inefficace sur le plan de la socialisation comme de l’apprentissage.
Plus de discrimination
Depuis qu’il est capable de se déplacer, Noé va vers des personnes de tous âges sans aucune distinction de couleur de peau ou de classe sociale. Il est habitué à ne pas considérer les adultes comme des ennemis, bien au contraire, il s’attend à trouver en eux des partenaires de jeux, mais aussi des ressources de toute sorte, ce qui correspond à l’expérience qu’il a vécue plus jeune.
Sur le plan ludique, la société est un peu redevenue ce qu’elle était au moyen âge : tous les adultes jouent, les bienfaits du jeu ayant été largement démontrés, et les squares ne sont plus réservés aux seuls enfants.
Les parents de Noé ont aussi connu cette période où les personnes avaient terriblement peur du regard des autres, de leur jugement. Cela était très lié à ce que l’on appelait « éducation » à l’époque, qui consistait à faire avancer les enfants à coup de critiques et de renforcement positif. Heureusement, à présent plus personne ne craint d’être jugé ridicule parce qu’il prend du plaisir à jouer.
Faire peur n’est plus une option
L’expérience de Noé en matière de relations est très différente de ce qu’ont connu ses parents, car aucun adulte n’a tenté d’une quelconque façon de prendre le pouvoir sur lui par la violence ou la manipulation. Ses parents, eux, avaient été entravés dans leurs relations avec les adultes, car à leur époque le « travail » de l’enfant consistait à obéir et à se conformer aux désirs de ces derniers, et les moyens utilisés pour cela pouvaient être très violents. Quand il y pense, cela le laisse assez sceptique : comment faire peur à un tout-petit sans hypothéquer lourdement ses relations futures ?
Les relations avec les plus âgés
Noé est très sociable et capable de ressentir de l’empathie pour toutes les personnes en contact avec lui. Il est particulièrement attentif aux personnes âgées. Elles n’ont pas eu la chance de grandir dans cet univers particulièrement bienveillant. Il faut dire qu’à une certaine période, elles n’étaient pas forcément très bien traitées. Elles subissaient de la
maltraitance physique et psychologique, mais aussi financière. Elles étaient très souvent placées en maison de retraite sans leur consentement. Aujourd’hui, le vieillissement est une source de richesse, les personnes ont l’occasion tout au long de leur grand âge de participer à la vie de la société. Tant qu’elles le peuvent, elles contribuent aux projets qu’elles souhaitent faire avancer, elle apportent soutien et aide dans leur famille, avec les jeunes enfants par exemple.
Cela les maintient en bonne santé. Dans ce groupe social, la violence ayant quasiment disparue, il n’y a que très peu de maladies. L’espérance de vie est de 140 ans.
Quand les humains sont trop fatigués, ou qu’ils ont besoin de soins, deux personnes sont affectées au domicile de leur famille pour accompagner les problèmes éventuels dus au vieillissement. L’une est chargée d’écouter la personne et ses émotions, de donner des contacts physiques affectueux en plus de ceux qu’apportent déjà amis et familles, l’autre dispense des soins médicaux avec beaucoup de tendresse.
Ce groupe social est conscient que les plus âgés doivent faire de nombreux deuils, et que cela peut amener beaucoup de larmes. Leurs amis sont de générations très différentes, c’est une des caractéristiques de la nouvelle façon de vivre. Comme les humains ne sont plus regroupés par âge, ils créent des liens avec des plus jeunes et des plus âgés sans aucune limites.
Du bien-être pour tous
Tous les tracas liés aux relations ont disparu également, l’empathie est devenue une compétence commune à tous. La société où vit Noé est paisible et très active.
C’est grâce aux compétences sociales, au fait de travailler ensemble à chercher des solutions, que les problèmes environnementaux ont été résolus. Après une période d’effondrement, la compétition a dû laisser la place à une solidarité très forte.
Les besoins des autres sont alors devenus une préoccupation centrale.
De ces bonnes relations découlent beaucoup de bien être, et des attitudes très différentes.
Au lieu de limiter une personne âgée qui aimerait encore se prêter à un sport qu’elle a pratiqué toute sa vie, on essaie de l’aider à continuer et à faire des dernières années de sa vie quelque chose d’enthousiasmant. Tout comme on aide les enfants et les adolescents à réaliser leurs projets à chaque instant, ce qui leur permet de grandir et de considérer les autres comme de précieuses ressources.
Noé, passionné d’histoire, s’est demandé à quel moment sont apparues toutes les idées qui sous-tendent le fonctionnement de la société dans laquelle il vit. Il a été très surpris par ce qu’il a découvert… Cela fait très longtemps que ces informations ont été publiées. Comment aurait-on pu en tenir compte plus vite ? La question reste posée…
Catherine DUMONTEIL-KREMER
Ce qui fait une bonne relation entre deux personnes :
- De la disponibilité
- Une écoute attentive
- De la compréhension
- Un contact physique affectueux
- L’authenticité dans les échanges
- Un intérêt sincère pour l’autre
- Du soutien lorsque le besoin s’en fait sentir
- Des idées et expériences nouvelles et stimulantes
- Un appui dans leur quête d’eux mêmes
- Un soutien dans la réalisation de leurs projets
- Des jeux
- Du rire
- L’accueil et l’acceptation des émotions éprouvées
- Le simple plaisir d’être ensemble
- Le partage de leurs passions
- Une aide pratique pour faire face au quotidien
- Une inspiration toujours renouvelée






