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Une révolution en marche…

Cela fait plus de vingt ans que je travaille au soutien des parents dans des environnements très différents. Et ce que je peux observer et conclure aujourd’hui c’est que les parents constituent une immense force bienveillante et intelligente au service de leur entourage. De quoi changer très sûrement les bases de notre société.

La liste Parents Conscients

Cette liste de discussion qui existe depuis onze ans, est un exemple fascinant. Je la connais bien puisque je l’ai créé au départ dans le but d’aider des parents qui voulaient remettre en question l’éducation qu’ils avaient reçue et tenter de vivre une vie de famille non violente.

J’étais à cette époque parent de trois jeunes enfants en congé parental, animatrice LLL, je gérais un autre groupe de parents local, et j’organisais des réunions en ligne pour les parents et les couples.

Mon existence était centrée sur le soutien, celui de mes enfants et celui d’autres familles qui comme moi aspiraient à une paix relative en eux-mêmes, et dans leur vie quotidienne.

Il s’avère que ce groupe a révélé à de nombreux individus le parent aimant qui vivait en eux, et dont ils ignoraient parfois jusque-là l’existence.

Donner ce que l’on a reçu

Le soutien faisait constamment boule de neige. Lorsque les parents se sentaient ne serait-ce qu’un tout petit peu plus expérimentés que les nouveaux arrivants, ils donnaient spontanément ce qu’ils avaient reçu : de l’écoute, de la compréhension, de la chaleur, une présence attentive.

Plus les membres du groupe redevenaient eux-mêmes plus ils agissaient.

Ainsi la liste a-t-elle donné naissance à de nombreux projets. Les parents du groupe, en particulier les plus anciens, ont écrit des ouvrages sur des sujets divers concernant l’accompagnement des enfants, ils ont créé d’autres groupes de discussion (nos produits bio faits maison en est un exemple) mis en place de nouveaux projets comme l’observatoire de la non-violence éducative, la journée de la non-violence éducative etc. Les membres ont également monté des groupes locaux de soutien, de nouvelles associations ont vu le jour un peu partout en France.

La liste est passée d’une cinquantaine de membres à ses débuts à 3 000 parents aujourd’hui. Tous les jours des parents viennent se faire aider par d’autres dans leur démarche.

Une grande passion

Les parents auxquels je m’adresse lors de formations ou de conférences sont très différents les uns des autres. Individuellement d’abord, ils ont des expériences de vie très différentes. J’interviens aussi au sein de groupe qui partage des points communs : parents d’enfants handicapés, parents homosexuels, parents sourds, parents seuls etc.

Ils sont tous animés par une grande passion pour leurs enfants assortie d’une grande crainte de « mal » faire. Même si c’est difficile, épuisant, et bouleversant d’accompagner des enfants… Même s’ils sont encore les jouets de leur éducation et que la violence leur joue des tours, ils sont volontaires et motivés pour avancer et se débarrasser de ce qui leur a fait tant de mal lorsqu’ils étaient enfants.

Organiser un groupe de soutien

Animer un groupe de soutien c’est assez simple, il suffit de le décider. Bien sûr vous aurez peut-être à faire face à des sentiments d’incapacités qui vous paralyseront un peu. J’entends souvent de la part des personnes qui aimeraient sincèrement mettre en place de tels groupes. « Je n’ai pas assez d’expériences », « je suis loin d’avoir résolu tous les problèmes dans ma propre famille ». Je réponds souvent que ce que recherchent avidement les parents c’est un lieu où partager leurs difficultés, et ils veulent trouver d’autres individus qui rencontrent les mêmes écueils qu’eux. Quelqu’un qui a tout résolu ne leur sera d’aucune utilité. En revanche une personne qui tâtonne cherche fait de son mieux, cherche encore et encore et fait bénéficier son groupe du fruit de ses expériences est quelqu’un de passionnant. C’est un modèle de fonctionnement, les parents de son groupe ne tarderont pas à faire la même chose et à rendre la fréquentation de ses réunions indispensables à chacun, pour un temps en tout cas.

Comment les enfants apprennent ?

Des enfants respectés et aimés dans leur famille, apprennent à chaque instant ce dont ils ont besoin.

Ils se sentent en sécurité pour vivre leurs expériences, explorer, chercher des solutions. C’est ce sentiment qui leur permet d’exprimer leurs besoins à chaque étape de leur développement.

L’écoute et la confiance données par leurs parents permettent à leur estime d’eux-mêmes de grandir. Les parents acceptent également d’apprendre de leurs enfants. En ce sens les parents sont des mentors très efficaces. Ils ignorent qu’ils utilisent sans le savoir le modèle « cérébro-convivial » le plus efficace pour l’apprentissage.

Bien souvent, il suffit de reproduire certains éléments de ce modèle pour animer des groupes de parents.

Donner confiance

Ou redonner la confiance perdue. Quelle que soit la situation de la personne qui s’exprime, elle a l’intention sincère de remédier à ses difficultés, et d’agir au mieux pour ses enfants.

Les parents sont une catégorie de population très facile à culpabiliser : ils en font trop, ou pas assez, ils sont fusionnels, ou distants, leurs enfants sont le reflet de l’éducation reçue, et ce n’est jamais suffisamment éloquent etc.

Pour donner confiance il suffit la plupart du temps d’écouter avec une grande attention, on se rend compte alors que les parents savent pertinemment ce qu’ils veulent faire évoluer dans leur comportement. Et s’ils ne le ressentent pas encore, le simple fait d’être écouté avec attention leur permettra de prendre peu à peu conscience de ce qui se passe en eux.

Donner des informations

Dans tout groupe de parents il pourrait y avoir une bibliothèque, ou un prêt de livre mutuel organisé. Les livres sont une source d’encouragement et de réconfort indéniable.

Et ils procurent aussi des informations dont les parents ont besoin. Apprendre quel est l’impact de la fessée sur un enfant, comment l’allaitement se met en place, savoir quelles sont les options en matières d’instruction, connaître le fonctionnement du cerveau etc. Tout ceci peut passer par des livres, des revues, des feuillets rédigés spécialement à cette intention.

Partager ses « trucs »

Un groupe de parents est une mine de sagesse ! Il suffit de se poser certaines questions pour trouver des réponses. Peut-être étions-nous persuadés à un moment de nos vies qu’élever un enfant sans punitions et sans fessées était tout simplement impossible, c’est ainsi que nous ne nous sommes jamais vraiment posés les « bonnes » questions. Mais si on fait l’expérience de se demander en groupe comment faire pour poser les limites respectueusement, on ne tardera pas à trouver de plus en plus de réponses. C’est la richesse d’un groupe de cette nature, il constitue un véritable laboratoire de recherches. Chaque parent y amène le fruit de ses expériences et les partage avec les autres, c’est une chaîne de solidarité qui nous permet de survivre au quotidien, et de grandir.

Organiser un réseau solidaire

Dans certaines régions où je me rends pour animer des groupes, les parents ont construit de véritable réseau solidaire. Le soutien est devenu un mode de vie. Si l’on sait que telle famille attend un bébé, et que la naissance est imminente, on décide d’aider les futurs parents afin qu’ils puissent accueillir le nourrisson sans être envahi par les préoccupations matérielles. Lorsqu’un événement douloureux frappe un membre du groupe les autres sont là pour écouter et aider. On organise aussi à l’occasion des groupes de femmes et d’hommes, on se réunit autour du thème de l’instruction. Il arrive même que travaillant ensemble, on se mette à rêver de cohabitat.

Une intelligence reconnue

Aujourd’hui on reconnaît que les parents ont un cerveau extrêmement actif et rapide. Devenir parents nous aide à évoluer, à entrer en relation, à trouver des solutions très rapidement à de multiples problèmes, nous sommes plus acceptants, accueillant et prêt à faire face à l’imprévu.

Pourtant nous avons parfois tendance à dévaloriser notre rôle. Mais ma réalité quotidienne me pousse à constater que si vous êtes parents, vous avez en main un véritable trésor, il vous suffit de le reconnaître pour user enfin de toutes les capacités que cette fonction vous pousse chaque jour à développer.

Alors…

J’espère que vous vous lancerez en ayant conscience que ce que vous faites est fondamental. Mais peut-être vivez-vous dans une région où un groupe existe déjà. Alors allez-y ! L’organisateur est comme vous, il a besoin d’aide. Vous ne regretterez pas de vous être lancé dans cette aventure, vous y trouverez infiniment plus que ce que vous êtes venus y chercher… Des amis solides, des partages sans limites, une solidarité qui se construira peu à peu et vous aidera à traverser les moments difficiles, mais aussi à faire profiter les autres de vos périodes de joies intenses.

 

Catherine Dumonteil Kremer

« C’est à moi » hurle le valentin S six ans, tout en arrachant un jouet des mains de son copain venu en visite. Prêter, partager, voici deux mots que les touts petits ignorent totalement pendant quelques années au grand dam de leurs parents.

On ne peut qu’être dubitatif face à ce qui nous apparaît comme un instinct de propriété extrêmement développé. Il est pourtant nécessaire de s’approprier son environnement et les objets qui le peuplent avant de pouvoir les prêter à quiconque. Cela viendra en son temps. Mais en attendant nous voilà fort embarrassé face à l’agressivité de nos enfants devant les demandes légitimes de leurs amis en visite qui veulent bien entendu s’emparer des jeux qui ne sont pas les leurs, et qui sont donc tellement plus intéressants.

Alors que faire ?

Sandrine F partage sa sagesse de mère : « ou que j’aille j’emmène toujours un sac de jouets avec moi, ainsi si l’enfant chez lequel nous nous rendons n’est pas d’accord pour prêter ses jouets, mon fils aura les siens, et parfois finalement ils finissent par échanger leurs jeux le temps d’une après-midi. Ceci évite à la mère qui me reçoit le malaise dû à l’attitude de son enfant. Malaise que je comprends pour le vivre moi-même au quotidien »

Brigitte G elle, préfère intervenir auprès de sa progéniture. « Je leur demande de réfléchir, et d’essayer de faire en sorte que nos invités ne s’ennuient pas. Bien sûr cela dépend de l’âge de mon enfant, mais je crois que l’on peut toujours négocier avec un bambin. »

Chez Claire D il n’y a pas de propriété privée. « Chez nous tous les objets sont à tous, les jouets ne font pas exception à la règle, j’ai beaucoup vécu en communauté, et parfois nous partagions même les vêtements, il fallait se lever tôt si on voulait trouver des fringues à sa taille. »

L’expérience de Claire D m’a conduite à penser que peut-être une des solutions à ce problème, serait d’avoir un stock de jeux appartenant à la collectivité et des jeux qui sont vraiment en propre à l’un de nos enfants.

La propriété réserve moult surprise. Nous ne sommes pas prêts à l’accepter parfois et pas seulement dans le cadre du prêt. Les enfants comprennent assez mal ce que signifie donner, prêter, échanger. Ce qu’ils n’aiment pas en définitive c’est de devoir se séparer de leurs jouets.

Ils leur arrivent de s’essayer au prêt sans comprendre que l’objet reviendra, il faudra plusieurs expériences de cette nature avant qu’ils soient rassurés à ce sujet.

Et puis, il y a le don. Donner c’est donner, n’est-ce pas ? Les enfants se le disent du reste. Mais les tout-petits ne savent pas trop ce que cela signifie. Ils veulent faire des cadeaux parfois, parce qu’ils ont observé les réactions positives que cette action suscite et pourtant ils veulent également les reprendre aussitôt qu’ils les ont donnés, afin de reproduire l’expérience avec d’autres.

Cet apprentissage se fait à son rythme.

Magali se désespère car son enfant fait du troc avec d’autres sans évaluer la valeur de ses trésors. On peut toujours intervenir en tant que parent pour dire qu’il vaut mieux commencer par un prêt et puis passer à un don lorsque l’on a compris que donner c’est ne pas reprendre.

Il arrive que les enfants prennent des jeux qui leur plaisent chez leurs amis, sans forcément les prévenir. Ce n’est pas du vol, c’est simplement un emprunt non consenti.

Quoiqu’il se passe dans les familles, il est important d’être clair sur la propriété des enfants. Si un jeu, ou quoique ce soit d’autre leur appartient, alors ils ont le droit d’en faire ce qu’ils souhaitent, même si cela peut être un sujet de discussion.

Le thème de la propriété nécessite patience, compréhension et humour de la part de chaque membre adulte dans la famille !

Catherine Dumonteil Kremer

J’ai participé à un seul conseil de discipline dans toute ma carrière d’enseignante et je me souviens que la mère de l’adolescent incriminé avait complètement fait évoluer mon regard sur l’intervention des parents dans les établissements scolaires. Elle défendait son fils avec passion et nous expliquait à quel point il était une sorte d’adolescent aux besoins intenses. Jusqu’à ce jour-là, je pensais, comme beaucoup, que les parents manquaient d’objectivité quand il s’agissait de leurs enfants. Ils sont pourtant ceux qui les connaissent le mieux.

Pour ma part, j’ai décidé d’assumer ma position d’avocate de mes enfants scolarisés. Au départ, je me rappelle très bien que j’étais décidée à laisser faire les enseignants : ils connaissaient leur métier et je n’avais pas envie d’être une entrave. J’étais déterminée à ce que ses journées d’école se passent le mieux possible. Malgré cela, j’étais quand même un peu mal à l’aise lorsque je contactais l’école…

 

Dépasser son vécu

Mes contacts avec l’institution ne sont pas allés de soi. Mes sentiments d’enfant scolarisé remontaient à la surface. À chaque fois que j’étais devant l’école ou face à un enseignant, je me sentais comme une enfant un peu perdue et très impressionnée. J’avais peur et, même si je savais contourner habilement cette impression, il n’était jamais facile de rencontrer cette autorité qui m’avait laissé bien des mauvais souvenirs. De plus, pour la génération de mes parents, l’adulte avait toujours raison face à l’enfant. Dans ces conditions-là, je partais perdante car j’attribuais à l’autre une toute-puissance irrationnelle.

C’est à partir du moment où je suis revenue sur mon enfance et mes difficultés à l’école que j’ai pu remettre à leur juste place les individus parfois bien démunis que sont les professeurs. Au fil du temps, j’ai travaillé sur mon envie de fuir les problèmes avec l’institution scolaire. Ne pas laisser tomber et intervenir rapidement est devenu des habitudes que je ne regrette pas d’avoir prises pour mes enfants.

 

Créer un lien avec l’enseignant

Le connaître, échanger avec lui, en dehors de tout désaccord, est fondamental, cela m’a beaucoup aidé à gérer les problèmes par la suite. Il est possible de fixer un rendez-vous avec lui dès qu’il sera disponible pour vous accueillir. Le rencontrer régulièrement, une fois ou deux par trimestre, ne pourra qu’être bénéfique à votre enfant.

Vous pourrez ainsi lui faire part des habitudes particulières de votre famille. J’ai souvent commencé les entretiens par quelques questions générales : « Comment ça se passe pour vous dans la classe ? Ça ne doit pas être facile un si grand nombre d’élèves… » Cela donne le ton, je ne viens pas pour lui déclarer la guerre, ni pour lui dire que je connais bien mieux son boulot que lui. Je viens pour lui donner des informations et essayer de trouver des solutions aux difficultés de mon enfant.

 

Rythmes et habitudes différents

Les petits problèmes de rythmes et d’habitudes de vie peuvent s’avérer très pesants pour nos enfants. Ils sont sources de tensions, de mal-être. L’adaptation requise est nettement supérieure à ce qu’un enfant de cet âge peut vivre, il se trouve alors dans une situation ingérable, qui pourrait s’apparenter à de la violence ordinaire. C’est d’ailleurs en fin de journée que nous en faisons la rude expérience : nos enfants sont si tendus qu’ils traversent de violentes crises de colères. Être présent et écouter, sont parfois nos seules possibilités.

Quand ma fille aînée était scolarisée en maternelle, j’étais alors un médiateur débutant. Je manquais d’expérience, mais j’allais négocier dès que ma sonnette d’alarme interne retentissait. Ce qui me gênait le plus dans l’école, c’était cette obligation de se fondre dans le moule. Tout le monde était prié de faire la même chose au même moment. Quand ma petite n’a plus éprouvé le besoin de dormir l’après-midi, par exemple, elle devait continuer à faire semblant à l’école. Je me suis manifestée pour la première fois à ce moment-là. Les premiers temps, j’ai fréquemment commis l’erreur de généraliser le besoin de ma fille à tous les bambins. Je disais par exemple : « Les enfants ont besoin que l’on respecte l’expression de leurs besoins de sommeil » et je soulevais immédiatement l’indignation chez mon interlocuteur. J’ai appris, avec le temps, à relativiser, à faire de notre famille un cas très particulier. « Chez nous, Agathe ne fait plus la sieste et elle vit très mal le fait de devoir la faire à l’école. Je comprends que cela pose des problèmes d’organisation, mais j’ai vraiment besoin que vous m’aidiez à trouver une solution à ce problème. »

Pour toutes les difficultés concernant le rythme et les habitudes de vie, cette méthode fonctionnait très bien.

 

Colère et négociation ne font pas bon ménage

Il m’est arrivé un jour de surprendre une ATSEM¹ à forcer mon enfant à manger. J’ai immédiatement récupéré ma fille et je l’ai ramenée à la maison. J’étais très en colère et je ne voulais pas discuter avec l’ATSEM dans cet état. Les conséquences d’un échange musclé seraient retombées sur mon enfant, ce que je ne souhaitais absolument pas. J’ai demandé par la suite un entretien au cours duquel cette dame m’a expliqué qu’il était obligatoire que mon enfant goûte. Nous avons longuement partagé nos points de vue sur la question et j’ai promis de faire un courrier destiné aux personnes s’occupant de ma fille à la cantine, précisant qu’il était, dans son cas, inutile de l’obliger à manger, même de très petites quantités. En effet, après un échange verbal, une trace écrite peut s’avérer nécessaire, c’est un document auquel chacun peut faire référence en cas de litiges.

 

Punitions, sanctions, humiliations

Votre enfant a été puni ou bien privé de récréation ou a subi des humiliations de la part de son enseignant. D’après un rapport de la défenseure des enfants datant de 2003, un grand nombre de réclamations émanant des parents dénoncent des agissements agressifs et humiliants (claques, coups de règle, fessées déculottées, privation de récréation, dénigrement, etc.) de la part de maîtres et/ou maîtresses en école maternelle ou élémentaire. Une circulaire de 1991 interdit aux maîtres « tout comportement, geste ou parole qui traduirait indifférence ou mépris à l’égard de l’élève ou de sa famille ou qui serait susceptible de blesser la sensibilité des enfants »². Cependant, selon la loi, l’enfant momentanément difficile (parce qu’en difficulté) pourra être isolé pendant le temps, très court, nécessaire à lui faire retrouver un comportement compatible avec la vie du groupe.

La situation sera d’autant plus délicate pour vous que votre enfant sera jeune et incapable d’évoquer des faits précis. Pourtant, si vous êtes à l’écoute, vous aurez peut-être remarqué une agitation particulière. Par exemple, vous aurez observé votre enfant rejouer avec ses peluches et poupées des faits difficiles vécus en classe ou bien entendu d’autres enfants se plaindre plus clairement et des parents vous en auront parlé à la sortie de l’école.

 

Aborder le problème

Dans ce genre de situation, j’ai systématiquement demandé un rendez-vous avec l’enseignant. Ces problèmes-là ne se règlent pas entre deux portes. Ils sont suffisamment importants pour qu’on leur consacre du temps et de l’attention. J’ai fait le choix de ne pas emmener mes enfants lors de ces discussions. Ils peuvent se sentir très mal à l’aise, ne pas comprendre ce qui se passe et se sentir responsable du problème.

Entrée en matière : parlez de vos sentiments, du comportement de votre enfant ces temps-ci, par exemple. Restez amical même si cela n’est pas facile. L’enseignant ignore la plupart du temps qu’il existe des façons respectueuses de poser des limites. « Je suis inquiète : ma fille est très agitée en ce moment. Je me demande ce qu’elle vit en classe pour en arriver là, qu’en pensez-vous ? ». Ou bien, dans le cas où votre enfant aurait clairement évoqué le problème : « La semaine dernière, mon fils m’a dit avoir reçu une fessée en classe. J’avoue que cela m’a posé un problème : nous sommes très attachés à la non-violence et nous ne frappons ni ne punissons nos enfants. Nous avons dû travailler beaucoup pour en arriver là. Ce n’est pas toujours facile, je comprends d’autant mieux votre position. Qu’en dites-vous ? »

Écoutez avec attention l’enseignant et réaffirmez clairement vos choix éducatifs. Il est possible que l’adulte face à vous refuse de reconnaître les faits. N’insistez pas et proposez de partager vos ressources en matière de non-violence éducative.

 

La situation ne s’améliore pas

Si, après un contact direct avec la personne concernée, la situation ne s’améliore pas, vous pourrez aller rencontrer le chef d’établissement ou le directeur de l’école, puis l’inspecteur d’académie. Mon expérience m’a démontré que lorsqu’un problème de cette nature ne se règle pas avec l’enseignant, on n’obtiendra que peu de résultats en faisant appel à sa hiérarchie. Par contre, il est essentiel d’en référer aux autorités compétentes. Cela facilitera le travail de négociation des familles concernées les années suivantes.

J’ai, à deux reprises, pris la décision de changer mes enfants d’école³. C’est une option à prendre très au sérieux lorsque l’on sent que notre enfant est très mal et ne peut plus vivre ses journées au contact d’un enseignant difficile.

 

Devenir l’avocat de son enfant est un travail très exigeant. Mais, en tant que parents, nous avons beaucoup de pouvoir au sein de l’institution scolaire : nous pouvons participer au conseil d’école et proposer des formations aux parents par le biais d’associations de parents d’élèves, proposer des commissions de réflexion sur le thème de la discipline aux inspections académiques de notre secteur. Ce sujet est suffisamment important pour que nous nous mobilisions afin de rendre la vie des enfants scolarisés plus agréable.

Catherine Dumonteil Kremer

 

1 – Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles : « Les ATSEM sont chargées de l’assistance au personnel enseignant pour la réception, l’animation et l’hygiène des très jeunes enfants, ainsi que de la préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement aux enfants » (Code des communes, 28 août 1992).

2 – Cf. la circulaire n° 91 – 124 du 6 juin 1991, qui a été reconnu peu explicite par le ministère de l’Éducation nationale.

3 – La deuxième fois, cela s’est terminé par une déscolarisation, la loi en France offrant en effet cette possibilité à tous les parents. Voir notre hors-série numéro 3 sur l’instruction en famille.

D’aussi loin que je me souvienne le « je veux » a été interdit dans ma bouche d’enfant, il ne faisait pas bon vouloir quoique ce soit et le manifester bruyamment était à proscrire.

Des désirs et des besoins

Et quelle folie quand j’y pense aujourd’hui que d’empêcher un petit être humain de deux ans (par exemple) de vouloir intensément ! Quel que soit l’objet de son désir ou de son besoin. Qu’il ait faim, soif, envie de jouer, de téter, qu’il veuille un jouet, qu’il ait envie de rester dans son bain, ou d’en sortir, tout dans sa vie est prétexte à exprimer sa volonté et de ce fait à vivre des expériences et à tirer des conclusions pour lui­même.

Il se connaît de ce fait de mieux en mieux, sa confiance en lui­même et en son entourage grandit, il sait de mieux en mieux se connecter à lui­même et aux autres. La sécurité qu’il acquiert en étant compris dans ce qu’il exprime même si ce n’est pas toujours réalisable lui permet de grandir sereinement.

Une dévalorisation systématique de la volonté

Mais dans un grand nombre de cas, ses désirs sont qualifiés de « caprices », plus il veut, plus il est dévalorisé dans son expression. Lorsque j’étais enfant à un « je veux » exprimé avec puissance, les adultes rétorquaient « le roi je veux est mort à la guerre, et c’est son fils « je voudrais » qui l’a remplacé » J’étais donc instamment prié de ne pas exprimer et surtout pas avec passion et fougue mes désirs les plus chers, et mes besoins par la même occasion. Plus tard dans ma vie la sentence avait légèrement évolué. Adolescente, j’ai entendu assez souvent le très classique « On ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie ».

Ces généralités toutes faites sont devenues des croyances. C’est ainsi, notre volonté nesert pas à grand chose, à part à faire de nous un égoïste mal vu. Notre vie se déroulera selon un plan précis où les contraintes seront nombreuses et inévitables. Fort heureusement les enfants sont là pour nous réveiller, nous bousculer même pourrait ­on dire avec leur farouche détermination. Subitement si nous nous mettons à l’écoute de ce que nous ressentons lorsqu’un tonitruant « je veux » retentit, nous allons à la rencontre de cet enfant brimé qui vit en nous, dont les besoins et les désirs n’ont pas pu s’exprimer spontanément, qui a du renier une part de lui même. Nous avons alors l’occasion de travailler sur nous, de prendre conscience de la dimension bénéfique du « vouloir » en nous. Puis se posent des questions passionnantes : Qu’est ­ce que je veux vraiment ?

Dans les groupes de parents que j’anime, nombreux sont les individus qui ne savent plus ce qu’ils veulent, ils ont l’habitude de faire passer les besoins des autres avant les leurs depuis si longtemps. Ils ne savent plus se mettre à l’écoute d’eux­mêmes. Ils ne savent pas vraiment qui ils sont. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie. Aller à la rencontre de soi c’est retrouver d’une certaine manière la passion d’exister et montrer enfin à son enfant qu’il est possible non seulement de savoir mais de faire ce que l’on veut du plus profond de son être.

Prochainement

23/11/2017

“Elever son enfant autrement” – Labruguière (81 – près Castres)

Conférence – le 23 novembre 2017 | Animée par Catherine DUMONTEIL KREMER Organisée par le...