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Parentalité Créative

Petite enfance et neurosciences

Le premier contact du bébé avec la collectivité se fait souvent en crèche, et ce dès le troisième mois. Il est encore assez fréquent que les collectivités accueillant des tout-petits fonctionnent sur la base d’habitudes de travail peu compatibles avec les besoins des enfants.

Retrait du doudou ou de la sucette à l’entrée, contrainte à la station assise prolongée pendant les repas, incompréhension face aux émotions exprimées, usage de l’isolement… Par manque de formation, certains professionnels ignorent encore le message des chercheurs en neurosciences et de certains spécialistes, dont Christine Schuhl fait partie. Elle a évoqué dans ses différents ouvrages ce qu’elle appelle les « douces violences » et les façons d’y remédier. Son dernier livre, Petite enfance, (re)construire les pratiques grâce aux neurosciences [1], nous éclaire sur les changements à apporter dans les lieux d’accueil de la petite enfance.

Préparer la transition

Si un enfant n’a pas besoin de collectivité, un bébé est encore moins concerné par ces lieux de vie. Il a seulement besoin d’une relation aimante de proximité avec sa mère, relation protégée et soutenue par son père. Sa sécurité de base dépend de la relation d’attachement qu’il va tisser avec elle pendant les premières années. Il faut neuf mois pour qu’un attachement dit sécure se mette en place, malheureusement l’entrée en crèche intervient bien souvent avant la fin de cette période cruciale pour le bébé et sa mère.

Il sera d’autant plus important de prévoir une période d’adaptation en crèche sur six séances au moins. Accueillis dans un endroit calme et chaleureux, le bébé et sa mère seront à l’abri du quotidien un peu bruyant et chaotique de la crèche. Alors que le bébé aura besoin de se familiariser à son rythme au lieu qui l’accueillera, ses parents auront sans doute besoin d’être écoutés et rassurés, car pour eux aussi cette étape est importante et peut être difficile émotionnellement..

Pour chaque moment de la journée, Christine Schuhl décrit les besoins des enfants et propose une façon appropriée d’y répondre.

Parmi les plus emblématiques : la séparation d’avec le parent. Trop de monde, trop de bruit peuvent être très anxiogènes pour le bébé. Les enfants ont vraiment besoin d’avoir tout leur temps pour se séparer de leurs parents dans un lieu paisible, la communication et la transmission entre parent et professionnels se faisant en dehors de ce moment clé où l’enfant est accueilli, une fois la séparation faite.

Les activités dirigées pour des enfants qui commencent à marcher

Les parents sont contents de voir leurs enfants participer à des activités organisées en groupe. Pourtant, là encore, c’est de la qualité de la relation d’attachement que dépendent les désirs d’exploration et l’audace d’expérimenter. Plus la sécurité est présente, plus l’enfant s’enhardit.

Certaines activités dirigées en crèche nécessitant calme et concentration ne conviennent pas aux petits et les mettent sous pression. Le fait de devoir rester assis et d’être contraint à se taire va à l’encontre de ce qu’est l’enfant au stade préverbal. À moins qu’il ne connaisse quelques mots de la langue des signes, il va utiliser le cri pour exprimer ce qu’il ressent : cri de joie ou cri de détresse. Il est tout entier dans cette nouvelle compétence qu’est la marche et n’a qu’une envie : bouger. Il lui sera très pénible de rester assis et de s’adonner à une activité. Après un temps de tension aussi intense, le bambin souhaitera probablement retrouver son doudou (ou objet transitionnel) pour se réconforter et se reposer un peu.

Le contact physique affectueux lui sera nécessaire, pour amener en lui des sécrétions d’ocytocine et d’opioïdes qui l’aideront à se sentir en sécurité.

Un livre à faire connaître pour améliorer le bien-être des enfants en collectivité.

 

Catherine DUMONTEIL-KREMER

 

[1] Éditions Chronique Sociale (2015)

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