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Parentalité Créative

Le harcèlement scolaire commence-t-il à la maison ?

Depuis quelques années le harcèlement scolaire est devenu un problème central, une sorte de phénomène surgi de nulle part. C’est ainsi qu’on nous le présente en tout cas.

Un abus de pouvoir qui se manifesterait seulement dans les locaux scolaires, une violence manifeste reliée à l’école. On peut légitimement s’interroger sur cette forme d’oppression aux conséquences dramatiques.

 

La situation scolaire est elle-même génératrice de violence. Les travaux de Daniel Favre l’ont démontré. La compétition met à mal l’estime de soi, l’absence d’écoute produit un sentiment quasi permanent d’incompréhension. Le nombre de jeunes personnes en classe, faisant toutes face au professeur, est nettement supérieur à ce qu’un adulte peut appréhender. Les conséquences de cette organisation sont nombreuses. Il faudra à l’enseignant (très peu, voire pas du tout formé aux problèmes d’interactions dans une classe, de communication et de discipline) une autorité forte s’il ne veut pas être malmené par sa classe et considéré comme incapable de venir à bout de cette situation, alors que personne ne lui apporte le soutien dont il aurait besoin. Les jeunes enseignants en début de carrière sont bien souvent dans des situations de détresse. Affectés dans des quartiers difficiles alors qu’ils n’ont aucune expérience, ils se retrouvent dans la classe comme dans une sorte d’arène.

 

Bien avant d’être des lieux d’apprentissage, le collège et le lycée sont des sources phénoménales de stress pour les jeunes comme pour les adultes. Pourtant, on nous promettait une socialisation efficace de nos enfants dans ces lieux considérés comme incontournables. La réalité est tout autre. L’ennui et la pression dominent. L’immense majorité semble avoir hâte que la journée se termine.

Cette situation inadaptée aux besoins des jeunes peut-elle à elle seule expliquer la violence de certains ? Le silence des autres ?

« Les élèves violents ont tous des scores élevés de coupure émotionnelle » c’est l’une des nombreuses conclusions de Daniel Favre. Il entend par coupure émotionnelle une mise à distance de ses émotions et sentiments, parce que l’on redoute une perte de contrôle ou de montrer une vulnérabilité trop grande. La majorité de ces élèves présentent des syndromes anxieux et dépressif.

Mais tous les élèves présentant des signes de coupure émotionnelle ne deviennent pas violents, ils peuvent aussi éviter les situations trop difficiles pour eux en s’isolant.

 

Cela fait vingt-cinq ans que je travaille avec parents et professionnels, et j’ai rarement entendu parler de maltraitance scolaire entre jeunes. Mais ce qui a toujours été présent dans les témoignages des adultes qui viennent se former, c’est la violence dans la famille. Peut-on séparer les deux phénomènes ? Je ne le pense pas, les deux sont intimement liés. C’est en famille que nous avons appris l’abus de pouvoir, la domination ou la soumission. C’est en famille que l’on apprend à ne pas s’écouter, ou autrement dit à considérer que nos émotions ne sont pas importantes, qu’elles constituent une gêne, et qu’elles peuvent même nous attirer les foudres des adultes : parfois, nous avons subi de la violence alors que nous pleurions ou que nous étions en colère.

D’autre part, le contrôle dont nous avons le plus souvent été l’objet peut très facilement s’apparenter à du harcèlement.

 

Les adultes sont devenus une source de stress pour nous. Comment leur faire confiance alors que leurs réactions étaient si imprévisibles ?

Voilà comment nous abordons l’école. Et alors qu’à la maison il est impossible de réagir à la violence par de la violence, l’école présente cette possibilité qui consiste à écraser ceux qui paraissent plus vulnérables.

La violence est l’un des moyens totalement inadaptés de résister au stress. Dans cette désormais très célèbre expérience où un rat reçoit un choc électrique régulier et où il développe un ulcère, certains facteurs évitant la maladie ont été étudiés. Et le fait de mordre un autre rat lui permet de se soustraire à la maladie.

Mais quand on donne au rat un morceau de bois à ronger, cela produit le même effet. Quand le rat est prévenu par le biais d’un éclairage précédant le choc, il évite également la maladie. Quand il a une manette qui lui permet d’arrêter les impulsions électriques, il ne devient pas malade, même lorsque cette manette tombe en panne : il continue de l’actionner et évite l’ulcère.

Enfin, le fait d’être en compagnie d’un autre rat qu’il connaît et apprécie produit le même résultat.

 

L’expérience ne nous dit pas si le rat est heureux, et il ne l’est probablement pas. Elle ne nous dit pas non plus pendant combien de temps il peut éviter la maladie. Il résiste à certains effets psychosomatiques du stress dans certaines situations et pendant une durée limitée.

Les relations à l’école et dans la famille peuvent être de puissants générateurs de stress. Nos enfants y réagissent un peu comme ils le peuvent.

L’ironie du sort, c’est que c’est notre cerveau supérieur, le néocortex, qui nous permet de trouver d’autres réponses que la violence, et qu’il ne peut se développer de façon optimale dans un milieu où le stress domine.

 

Les jeunes les plus violents ont le plus souvent été victimes de maltraitance dans leur famille. Ceux qui gardent le silence face aux exactions qui s’exercent sous leurs yeux ont été éduqués dans la crainte de s’exprimer. Aujourd’hui, il nous faut changer de paradigme. La crainte, l’obéissance, le fait de ne pas « répondre », de ne pas s’indigner face à une injustice ne sont plus des options valables et ont des retentissements trop douloureux pour l’ensemble de notre groupe social.

 

L’éducation nationale l’a bien compris, puisque le rapport Pour une école innovante, fruit du travail du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire, a été remis au ministère en 2014, et il donne déjà des résultats dans certains établissements scolaires. Il est question d’installer la bienveillance à l’école. Une opération « climat scolaire » est lancée… Toutes ces initiatives sont à saluer et à soutenir, car la bienveillance ne s’improvise pas, et nous ne serons jamais trop nombreux à apporter notre pierre à ce changement révolutionnaire !

 

Catherine DUMONTEIL-KREMER

Publié dans PEPS 

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